La crise sismique de Rittershoffen de décembre 2025 - les premiers éléments

Les résultats présentés ici sont issus de travaux en cours à l'EOST et peuvent être amenés à évoluer. 

La séquence sismiqueTrois séismes de magnitude supérieure à 2

Du 4 au 13 décembre 2025, plusieurs séismes induits ont été ressentis dans les villages autour de la centrale de géothermie profonde de Rittershoffen dans le nord de l’Alsace. Le 4 décembre, un séisme de magnitude locale Mlv 2,5 a provoqué des mouvements du sol supérieurs au seuil maximal autorisé par l’arrêté préfectoral définissant les modalités de fonctionnement de la centrale (PGV> 1.5mm/s), ce qui a entraîné son arrêt. Six jours plus tard, le 10 décembre, un nouveau séisme de magnitude Mlv 2.2 était ressenti par la population. Enfin, trois jours après, les 12 et 13 décembre, une nouvelle séquence était enregistrée avec l’événement sismique le plus important induit par la centrale d’une magnitude Mlv 2.6. Depuis, l'activité sismique s'est fortement atténuée.

Les réseaux de stations sismologiquesL'importance du réseau sismocitoyen

La sismicité de la région est bien caractérisée grâce aux nombreuses stations sismologiques qui y sont déployées, comme le montre la figure ci-contre. On y trouve le réseau sismologique réglementaire de l’opérateur industriel de la centrale de Rittershoffen (ECOGI), les stations du réseau permanent Epos-France, ainsi que, depuis quelques années, les stations du réseau sismocitoyenmis en place dans le cadre du projet ANR PrESENCE. Ainsi, 37 stations ont été installées dans la zone de l'Outre-Forêt entre 2023 et 2025. Chaque station est un sismomètre de type “Raspberry Shake” connecté au boitier Internet de l’hébergeur. Ces "sismocitoyens" jouent alors un rôle clé dans la surveillance des séismes d’origine naturelle ou induite, ainsi que dans la perception des phénomènes associés par la population et l’évaluation de leurs impacts sur les infrastructures. Les stations fournissent notamment des données importantes au BCSF-Rénass pour caractériser les séismes induits, dans le cadre de ses activités liées à l’arrêté préfectoral régissant la centrale de Rittershoffen. Une étude récente menée par l’EOST[1] a permis d’évaluer la performance de ce réseau sismocitoyen et de montrer que son apport est réel en termes de détection et de localisation, en particulier s’il est complété par quelques stations permanentes installées dans des zones de faible bruit sismique ambiant (e.g. éloignées des sources de vibrations liées à l’activité humaine).

À noter : Seuls les séismes induits de magnitudes les plus importantes (typiquement MLv > 1.8) sont généralement perçus par les populations dans cette région. D’un point de vue sismologique, tous les événements sont qualifiés de séismes, quelle que soit leur magnitude et indépendamment du fait qu’ils soient ressentis ou non. Le réseau de stations sismologiques peut détecter significativement plus de séismes que ceux  ressentis. 
 


[1] Minetto, R., O. Lengliné, M. Turlure, M. Grunberg, S. Lambotte, A. Schlupp, J. Vergne, B. Derode, and J. Schmittbuhl (2025). Monitoring-Induced Seismicity in Urban Environment Using Low-Cost Stations: Lessons Learned from the Strasbourg Dense Semi permanent Seismic Network, France, Seismol. Res. Lett. XX, 1–14, https://doi.org/10.1785/0220250248

La caractérisation des séismes principaux par le BCSF-Rénass Notes DREAL Grand-Est

Conformément aux obligations du BCSF-Rénass (arrêté préfectoral et convention associée), trois notes de caractérisation des principaux séismes ont été élaborées et transmises à la DREAL Grand-Est. Ces documents présentent :

  • Une localisation absolue des événements, obtenue via l’algorithme LocSAT/SeisComP et le modèle 1D régional de vitesse des ondes sismiques (rittershoffen2014, fourni par ECOGI). Les incertitudes de localisation (horizontales et verticales) sont estimées à quelques centaines de mètres.
  • Une carte des intensités macrosismiques, établie selon lanorme EMS-98.

La carte de sismicité ORPLa relocalisation fine de la sismicité

Dans le cadre de sa nouvelle mission d’observation des réservoirs profonds régionaux (ORP), soutenue par l'ITI GeoT, l’EOST affine l’analyse de la sismicité survenue durant cette période afin d’en élucider les origines. Grâce à des techniques de détection avancées — notamment des algorithmes d’intelligence artificielle comme PhaseNet, réentraînés sur des catalogues régionaux — et à des méthodes de localisation relative (HypoDD et GrowClust), plusieurs centaines de séismes ont été identifiés et relocalisés. Ces résultats offrent une image plus précise de l’évolution de la sismicité depuis l’installation du réseau sismo-citoyen en 2023.

La carte de sismicité révèle une distribution spatio-temporelle singulière :

  • Les séismes de décembre 2025 (en rouge) se concentrent principalement à la bordure nord du nuage sismique, selon une orientation NO-SE, distincte des alignements antérieurs (NNE-SSO). On observe notamment un alignement net de séismes (direction N120-N140) à proximité du séisme du 13 décembre 2025, tandis que les trois autres événements majeurs des 4, 10 et 12 décembre se situent dans la même zone.
  • La séquence de décembre 2025 est clairement séparée des épisodes de 2024, incluant des séismes ressentis. Au sud (orange), on distingue les événements du 24 juillet 2024, dominés par un séisme de magnitude locale Mlv 2.2. À l’ouest (vert), les séismes de mai 2024 — période également marquée par des secousses ressenties — accompagnent deux événements principaux (Mlv 2.0 et 2.2).

Une comparaison avec la sismicité induite de 2013[2] (carrés bleus foncés), liée aux premières injections dans le puits GRT1, s’avère révélatrice. Si une partie des séismes s’est produite, comme attendu, à proximité de la terminaison du puits pendant l’injection, un second groupe d’événements est survenu spontanément plusieurs jours après, au nord du nuage sismique (voir figure) — dans une zone proche de celle des séismes de décembre 2025. Cette observation suggère que les événements de décembre 2025 ont été initiés dans une zone du réservoir potentiellement plus instable, déjà active en 2013.


[2]Lengliné, O., Boubacar, M., & Schmittbuhl, J. (2017). Seismicity related to the hydraulic stimulation of GRT1, Rittershoffen, France. Geophysical Journal International, 208(3), 1704-1715. https://doi.org/10.1093/gji/ggw490

Historique des séquences de sismicité à Rittershoffen

Analyse de la sismicité durant les huit premières années d’exploitation de la centrale de Rittershoffen 

Une étude récente (Lengliné et al., 2025)[3] a analysé la sismicité survenue pendant les huit premières années d’exploitation de la centrale de Rittershoffen. La figure extraite de cette publication illustre l’évolution spatio-temporelle des événements sismiques le long de la faille cible du projet, orientée NNO-SSE et traversant le puits GRT-1.

Observation majeure : Malgré des conditions d’exploitation relativement stables[3], la sismicité ne se manifeste pas de manière continue. Elle se produit par séquences intermittentes, concentrées sur quelques heures ou quelques jours, et affecte souvent de vastes portions de la faille, voire sa totalité — comme illustré lors de la séquence de mars 2024 (zoom en panneau (b)). Au total, 81 séquences sismiques ont été identifiées sur cette période de 8 ans, soit une moyenne d’une dizaine par an. La sismicité de décembre 2025 s’inscrit dans cette dynamique et correspond à trois ou quatre de ces séquences.


[3] Lengliné, O., Maurer, V., & Yorillo, A. (2025). Intermittent induced seismicity during the multiyear operation of a geothermal reservoir. Geophysical Journal International (2025) , 242, 1–12. https://doi.org/10.1093/gji/ggaf160.

 

Les premiers éléments de conclusion

Premières conclusions de ces travaux préliminaires :

  1. Origine des séismes : Les événements sismiques observés sont liés à la réinjection dans le puits GRT1, quasi vertical et situé sous la centrale.

  2. Localisation des séismes récents : Les derniers séismes significatifs se concentrent en bordure nord du nuage sismique, dans une zone où un comportement inattendu avait déjà été enregistré après la stimulation de 2013.

  3. Distance par rapport au puits d'injection: Ces séismes se produisent à environ 600 mètres du puits, une distance qui pourrait expliquer la poursuite de l’activité sismique malgré l’arrêt de la centrale. Un arrêt n’aurait eu un effet immédiat que dans un périmètre très proche des puits.

  4. Activation d’une faille instable : Une direction de faille (N120-N140), peu observée jusqu’ici et potentiellement instable, semble avoir été réactivée.

  5. Durée de la crise sismique : La durée de cette séquence sismique reste comparable à celle des 80 séquences déjà enregistrées à Rittershoffen depuis 2016.