La crise sismique de Rittershoffen de décembre 2025 - les premiers éléments
Les résultats présentés ici sont issus de travaux en cours à l'EOST et peuvent être amenés à évoluer.
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Les résultats présentés ici sont issus de travaux en cours à l'EOST et peuvent être amenés à évoluer.

Evolution de la sismicité induite à proximité de la centrale de géothermie profonde de Rittershoffen entre le 4 et le 14 décembre 2025. Chaque cercle indique la magnitude locale (Mlv) estimée pour chaque séisme pendant la période avec le code de couleur indiqué à gauche de la figure. Les trois plus importants séismes (Mlv >2) ont eu lieu les 4, 10 et 12 décembre 2025.
Du 4 au 13 décembre 2025, plusieurs séismes induits ont été ressentis dans les villages autour de la centrale de géothermie profonde de Rittershoffen dans le nord de l’Alsace. Le 4 décembre, un séisme de magnitude locale Mlv 2,5 a provoqué des mouvements du sol supérieurs au seuil maximal autorisé par l’arrêté préfectoral définissant les modalités de fonctionnement de la centrale (PGV> 1.5mm/s), ce qui a entraîné son arrêt. Six jours plus tard, le 10 décembre, un nouveau séisme de magnitude Mlv 2.2 était ressenti par la population. Enfin, trois jours après, les 12 et 13 décembre, une nouvelle séquence était enregistrée avec l’événement sismique le plus important induit par la centrale d’une magnitude Mlv 2.6. Depuis, l'activité sismique s'est fortement atténuée.

Carte de localisation des stations sismologiques utilisées pour la localisation des séismes induits de Rittershoffen en décembre 2025. Les stations sismologiques utilisées par le BCSF-Rénass pour la localisation sont indiquées par les triangles en bleu (stations EOST, SismoCitoyen), rouge et marron (Epos-France resp. RLBP et RAP), jaune et orange (ECOGI), vert (Lithium de France). Le carré noir correspond à la localisation de la centrale de géothermie de Rittershoffen et les lignes noires représentent les puits. L’échelle de distance est en mètres. L'étoile noire correspond à la localisation du séisme de 12/12/2025 de magnitude MLv 2.6.
La sismicité de la région est bien caractérisée grâce aux nombreuses stations sismologiques qui y sont déployées, comme le montre la figure ci-contre. On y trouve le réseau sismologique réglementaire de l’opérateur industriel de la centrale de Rittershoffen (ECOGI), les stations du réseau permanent Epos-France, ainsi que, depuis quelques années, les stations du réseau sismocitoyenmis en place dans le cadre du projet ANR PrESENCE. Ainsi, 37 stations ont été installées dans la zone de l'Outre-Forêt entre 2023 et 2025. Chaque station est un sismomètre de type “Raspberry Shake” connecté au boitier Internet de l’hébergeur. Ces "sismocitoyens" jouent alors un rôle clé dans la surveillance des séismes d’origine naturelle ou induite, ainsi que dans la perception des phénomènes associés par la population et l’évaluation de leurs impacts sur les infrastructures. Les stations fournissent notamment des données importantes au BCSF-Rénass pour caractériser les séismes induits, dans le cadre de ses activités liées à l’arrêté préfectoral régissant la centrale de Rittershoffen. Une étude récente menée par l’EOST[1] a permis d’évaluer la performance de ce réseau sismocitoyen et de montrer que son apport est réel en termes de détection et de localisation, en particulier s’il est complété par quelques stations permanentes installées dans des zones de faible bruit sismique ambiant (e.g. éloignées des sources de vibrations liées à l’activité humaine).
À noter : Seuls les séismes induits de magnitudes les plus importantes (typiquement MLv > 1.8) sont généralement perçus par les populations dans cette région. D’un point de vue sismologique, tous les événements sont qualifiés de séismes, quelle que soit leur magnitude et indépendamment du fait qu’ils soient ressentis ou non. Le réseau de stations sismologiques peut détecter significativement plus de séismes que ceux ressentis.
[1] Minetto, R., O. Lengliné, M. Turlure, M. Grunberg, S. Lambotte, A. Schlupp, J. Vergne, B. Derode, and J. Schmittbuhl (2025). Monitoring-Induced Seismicity in Urban Environment Using Low-Cost Stations: Lessons Learned from the Strasbourg Dense Semi permanent Seismic Network, France, Seismol. Res. Lett. XX, 1–14, https://doi.org/10.1785/0220250248
Conformément aux obligations du BCSF-Rénass (arrêté préfectoral et convention associée), trois notes de caractérisation des principaux séismes ont été élaborées et transmises à la DREAL Grand-Est. Ces documents présentent :

Carte de la sismicité autour de la centrale géothermique de Rittershoffen, illustrant les séismes par période : en rouge, ceux de décembre 2025 ; en orange, ceux du 24 juillet 2024 ; en vert, ceux du 7 au 9 mai 2025 ; en bleu cyan, l’ensemble des séismes enregistrés depuis 2023 (hors événements déjà colorés) ; et en bleu foncé, ceux liés à la stimulation hydraulique de 2013. Les temps d'origines des événements sont en temps UTC et non en heure locale. Les étoiles noires marquent les séismes majeurs avec leur date, le carré noir localise la centrale et les traits noirs épais représentent les puits GRT1 (ouest) et GRT2 (nord). Le triangle rouge représente une station permanent ECOGI. Les stations Raspberry-Shake ne sont ici pas représentées pour des raisons de confidentialité des emplacements.
Dans le cadre de sa nouvelle mission d’observation des réservoirs profonds régionaux (ORP), soutenue par l'ITI GeoT, l’EOST affine l’analyse de la sismicité survenue durant cette période afin d’en élucider les origines. Grâce à des techniques de détection avancées — notamment des algorithmes d’intelligence artificielle comme PhaseNet, réentraînés sur des catalogues régionaux — et à des méthodes de localisation relative (HypoDD et GrowClust), plusieurs centaines de séismes ont été identifiés et relocalisés. Ces résultats offrent une image plus précise de l’évolution de la sismicité depuis l’installation du réseau sismo-citoyen en 2023.
La carte de sismicité révèle une distribution spatio-temporelle singulière :
Une comparaison avec la sismicité induite de 2013[2] (carrés bleus foncés), liée aux premières injections dans le puits GRT1, s’avère révélatrice. Si une partie des séismes s’est produite, comme attendu, à proximité de la terminaison du puits pendant l’injection, un second groupe d’événements est survenu spontanément plusieurs jours après, au nord du nuage sismique (voir figure) — dans une zone proche de celle des séismes de décembre 2025. Cette observation suggère que les événements de décembre 2025 ont été initiés dans une zone du réservoir potentiellement plus instable, déjà active en 2013.
[2]Lengliné, O., Boubacar, M., & Schmittbuhl, J. (2017). Seismicity related to the hydraulic stimulation of GRT1, Rittershoffen, France. Geophysical Journal International, 208(3), 1704-1715. https://doi.org/10.1093/gji/ggw490
![<em>Evolution spatio-temporelle de la sismicité à Rittershoffen: (a) A gauche, pendant la stimulation hydraulique de GRT-1 en 2013. Tous les séismes relocalisés sont représentés (cercles gris) en fonction de leur temps d'apparition (abscisse) et de leur position le long de la direction principale de la faille orientée N24E (ordonnée). La figure montre le développement de la sismicité induite au voisinage du puits GRT-1 au moment de l'injection pendant la première journée et la sismicité déclenchée à plusieurs centaines de mètres du puits 4 jours après l'arrêt de l'injection (l'axe en temps est en jours). Au centre, évolution de la sismicité entre 2016 et avril 2024 (l'axe en temps est en année). Le trait continu bleu pâle indique l'emplacement de la section ouverte du puits GRT-1 (zone d'injection). La zone en rose indique la section ouverte du puits GRT-2 (zone de production). Les lignes violettes en pointillés délimitent l'expansion globale de la sismicité. Le rectangle rouge isole la crise de sismicité de mars 2024 qui est affichée dans le zoom (b). (b) Zoom au moment de la séquence sismique de mars 2024 mettant en évidence la migration des événements pendant la séquence qui se produit dans les deux directions Nord et Sud et qui s'étend sur toute la faille imagée. [Figure extraite de Lengliné et al, 2025]
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Evolution spatio-temporelle de la sismicité à Rittershoffen: (a) A gauche, pendant la stimulation hydraulique de GRT-1 en 2013. Tous les séismes relocalisés sont représentés (cercles gris) en fonction de leur temps d'apparition (abscisse) et de leur position le long de la direction principale de la faille orientée N24E (ordonnée). La figure montre le développement de la sismicité induite au voisinage du puits GRT-1 au moment de l'injection pendant la première journée et la sismicité déclenchée à plusieurs centaines de mètres du puits 4 jours après l'arrêt de l'injection (l'axe en temps est en jours). Au centre, évolution de la sismicité entre 2016 et avril 2024 (l'axe en temps est en année). Le trait continu bleu pâle indique l'emplacement de la section ouverte du puits GRT-1 (zone d'injection). La zone en rose indique la section ouverte du puits GRT-2 (zone de production). Les lignes violettes en pointillés délimitent l'expansion globale de la sismicité. Le rectangle rouge isole la crise de sismicité de mars 2024 qui est affichée dans le zoom (b). (b) Zoom au moment de la séquence sismique de mars 2024 mettant en évidence la migration des événements pendant la séquence qui se produit dans les deux directions Nord et Sud et qui s'étend sur toute la faille imagée. [Figure extraite de Lengliné et al, 2025]
Analyse de la sismicité durant les huit premières années d’exploitation de la centrale de Rittershoffen
Une étude récente (Lengliné et al., 2025)[3] a analysé la sismicité survenue pendant les huit premières années d’exploitation de la centrale de Rittershoffen. La figure extraite de cette publication illustre l’évolution spatio-temporelle des événements sismiques le long de la faille cible du projet, orientée NNO-SSE et traversant le puits GRT-1.
Observation majeure : Malgré des conditions d’exploitation relativement stables[3], la sismicité ne se manifeste pas de manière continue. Elle se produit par séquences intermittentes, concentrées sur quelques heures ou quelques jours, et affecte souvent de vastes portions de la faille, voire sa totalité — comme illustré lors de la séquence de mars 2024 (zoom en panneau (b)). Au total, 81 séquences sismiques ont été identifiées sur cette période de 8 ans, soit une moyenne d’une dizaine par an. La sismicité de décembre 2025 s’inscrit dans cette dynamique et correspond à trois ou quatre de ces séquences.
[3] Lengliné, O., Maurer, V., & Yorillo, A. (2025). Intermittent induced seismicity during the multiyear operation of a geothermal reservoir. Geophysical Journal International (2025) , 242, 1–12. https://doi.org/10.1093/gji/ggaf160.
Premières conclusions de ces travaux préliminaires :
Origine des séismes : Les événements sismiques observés sont liés à la réinjection dans le puits GRT1, quasi vertical et situé sous la centrale.
Localisation des séismes récents : Les derniers séismes significatifs se concentrent en bordure nord du nuage sismique, dans une zone où un comportement inattendu avait déjà été enregistré après la stimulation de 2013.
Distance par rapport au puits d'injection: Ces séismes se produisent à environ 600 mètres du puits, une distance qui pourrait expliquer la poursuite de l’activité sismique malgré l’arrêt de la centrale. Un arrêt n’aurait eu un effet immédiat que dans un périmètre très proche des puits.
Activation d’une faille instable : Une direction de faille (N120-N140), peu observée jusqu’ici et potentiellement instable, semble avoir été réactivée.
Durée de la crise sismique : La durée de cette séquence sismique reste comparable à celle des 80 séquences déjà enregistrées à Rittershoffen depuis 2016.