Suite au jugement de l'Aquila : état des connaissances en matière de risque sismique

24 Oktober 2012

 

Chaque fois qu’un séisme catastrophique se produit, une question fondamentale revient systématiquement : la prédiction d’une telle catastrophe était-elle possible?

Précisons d’emblée en matière de séisme ce qu’il faut entendre par prédiction. Prédire un séisme revient à annoncer, avant qu’il ne se produise, sa localisation et sa date et à donner une estimation de la force de l’événement. Même si des recherches sont activement menées dans ce domaine, même si des « signaux précurseurs » existent de façon incontestable dans certains cas, l’état actuel des connaissances ne permet pas de prédire la date, le lieu et la force des séismes. Il faut ajouter que même s’il était possible de faire une telle prédiction, l’impact du séisme en terme de dommages et de victimes dépend de bien d’autres facteurs : profondeur du séisme, proximité d’un centre urbain, nature des sols, vulnérabilité sismique du bâti, heure de la journée…

Les signaux précurseurs aux séismes existent mais ils ne sont ni systématiques ni identiques d’un séisme à l’autre. Ainsi on observe parfois de petits séismes précurseurs, des mouvements lents anormaux du sol, des signaux relatifs à l’hydrogéochimie, aux émissions de gaz, à l’électromagnétisme... Cette liste n’est pas exhaustive. Nous sommes cependant très loin de savoir interpréter ces signaux. En outre, recueillir de tels signaux impliquerait de mettre en œuvre des actions de surveillance avec une instrumentation ad hoc de toutes les failles connues où des séismes peuvent se produire, ce qui poserait bien d’autres questions et irait très au-delà des moyens que la société serait prête à y consacrer.

Si la prédiction des séismes, au sens défini plus haut, restera longtemps encore au stade de balbutiements, l’identification de la plupart des zones à fort risque sismique à l'échelle du siècle ou du millénaire, et ainsi la mise en œuvre de mesures de prévention pour y réduire ce risque (renforcements des bâtiments existants, constructions parasismiques, éducation, alerte rapide …), sont par contre possibles grâce aux grands progrès scientifiques accomplis au cours des dernières années.

 

Pour en savoir plus, consultez notre dossier complet sur le risque sismique.

A lire également : à titre personnel, certaines personnes de l'EOST ont signé un message de soutien à nos collègues italiens.

 

Message de soutien à nos collègues italiens

Les personnes signataires, participant professionnellement au sein de l'EOST à l'observation sismologique, et à ce titre régulièrement confrontés à la difficulté de faire passer dans les média le caractère principalement statistique de nos connaissances actuelles en matière de prévision sismique, ainsi qu'à la nécessité de rectifier les contre-vérités et prévisions fantaisistes parfois publiées par des individus non spécialistes du domaine, expriment leur sympathie et leur soutien moral à leurs collègues italiens poursuivis et récemment condamnés dans l'affaire du séisme de l'Aquila du 6 avril 2009, dans un contexte similaire.

Strasbourg, le 24 octobre 2012


Signataires :

  • Uli Achauer
  • Valérie Ansel
  • Julia Autin
  • Aude Chambodut
  • Michel Cara
  • Françoise Ditz
  • Cécile Doubre
  • Remi Dretzen
  • Michel Granet
  • Marc Grunberg
  • Basile Hector
  • Laurence Jouniaux
  • Sophie Lambotte
  • Jean-Jacques Lévêque
  • Denis Leypold
  • Alessia Maggi
  • Joël Maury
  • Véronique Mendel
  • Morgane Mey
  • Alexandra Rolland
  • Daniel Sauter
  • Alice Tonnellier
  • Renaud Toussaint
  • Jérôme Vergne